Luc Chatel alerte sur l’avenir de l’automobile européenne
À l’approche du Mondial de l’Auto, le président de la PFA juge que la survie de l’industrie européenne est en jeu et détaille les demandes de la filière.
À quelques jours de l’ouverture du Mondial de l’Auto, Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA), lance un avertissement : selon lui, l’industrie automobile européenne joue sa survie. Il s’est confié au Parisien le jeudi 8 octobre, et ses propos sont repris par Caradisiac et Autojournal, tandis que L’argus a détaillé les demandes de la filière.
En bref
- Il s’est confié au Parisien le jeudi 8 octobre, et ses propos sont repris par Caradisiac et Autojournal , tandis que L’argus a détaillé les demandes de la filière.
- La seconde est la réglementation européenne, en particulier la fin programmée des moteurs thermiques neufs en 2035.
- Reste à savoir si le gouvernement, occupé à préparer le budget 2027, et les candidats à l’Élysée répondront à cet appel.
Un Salon utilisé comme tribune
Le Mondial de l’Auto se tient à Paris du 12 au 18 octobre 2026. D’après L’argus, plus de 60 constructeurs y sont présents et le Salon redevient le plus important d’Europe. Luc Chatel le décrit toutefois comme une parenthèse enchantée dans un paysage de désolation. Il veut s’en servir pour interpeller les pouvoirs publics, ainsi que les futurs candidats à l’élection présidentielle de 2027.
Le calendrier politique est chargé. Emmanuel Macron doit recevoir les dirigeants du secteur à l’Élysée, puis inaugurer le Salon lundi 12 octobre. Un sommet européen est prévu le 15. Six personnalités politiques ont confirmé leur venue, dont Édouard Philippe et Jordan Bardella, aux côtés de Fabien Roussel, Bruno Retailleau, David Lisnard et Natacha Polony. La PFA compte leur présenter son livre blanc, intitulé L’Heure du sursaut, préparé avec des constructeurs, des équipementiers et d’autres acteurs de la filière.
Les chiffres d’un recul
Le diagnostic avancé est sévère. Par rapport à la période d’avant le Covid, le marché européen aurait perdu un quart de son volume, soit environ trois millions de véhicules par an. La production européenne serait tombée à 1,4 million de véhicules : soit un million de véhicules de moins qu’avant la pandémie, et un volume divisé par trois en vingt-cinq ans.
Sur le plan de l’emploi, 50 000 postes ont déjà disparu en France au cours des cinq dernières années, et 75 000 autres pourraient suivre d’ici 2035, d’après Luc Chatel. Il anticipe aussi un marché européen qui tomberait à 13 millions de voitures, voire 9 millions, en 2035, contre 16 millions avant le Covid, ce qui équivaudrait à environ trente usines en moins. Il s’agit de projections de sa part, pas de constats établis.
Chine, normes et batteries : les causes citées
Le président de la PFA retient deux explications principales. La première est la progression des constructeurs chinois : Il estime que les marques chinoises pèsent aujourd’hui 10 % du marché et devraient en représenter 20 % d’ici trois à cinq ans. La seconde est la réglementation européenne, en particulier la fin programmée des moteurs thermiques neufs en 2035.
Il juge ces mesures « ravageuses » : elles auraient renchéri les voitures, écarté les classes moyennes du marché du neuf et encouragé les ménages à garder leur véhicule plus longtemps, ce qui ferait grimper les émissions de CO2. Il ajoute que la réglementation attendue en 2030 ajouterait cent normes, mobilisant environ un quart des ingénieurs de Renault et de Stellantis. Cette analyse est celle de Luc Chatel, et elle reste discutable.
Il s’inquiète aussi d’une nouvelle dépendance. Selon lui, 80 % des batteries sont fabriquées en Chine, et 90 % des terres rares nécessaires y sont raffinées. L’Europe, dit-il, n’est pas souveraine sur la technologie électrique vers laquelle on l’oriente.
Ce que demande la filière
Luc Chatel ne remet pas en cause la décarbonation. Pour lui, la question est celle de la méthode, pas de l’électrique en soi. Les demandes relayées par L’argus sont les suivantes :
- Plus de souplesse sur les objectifs CAFE d’émissions de CO2, notamment pour 2028-2032, avec une pause dans l’empilement des règles.
- Un barème du malus gelé, alors que cette taxe toucherait désormais 60 % des voitures neuves, et des aides à l’électrique plus lisibles et plus stables.
- Le retour de la prime à la conversion, pour renouveler un parc vieillissant.
- Davantage de contenu local dans les véhicules vendus en Europe. La France et l’Allemagne discutent d’un compromis qui associerait préférence européenne et marge de manœuvre sur le CO2.
Sur la Chine, la PFA ne prône pas la guerre commerciale. Elle n’exclut pas des partenariats avec des acteurs chinois, à condition que ces accords soient équilibrés et bénéficient à l’emploi comme à l’industrie européenne. Luc Chatel refuse en revanche les « usines tournevis » chinoises.
Un signal contrasté côté clients
Une étude de la PFA indique que 30 % des consommateurs pourraient renoncer à acheter une voiture neuve d’ici 2035 si la situation n’évolue pas. Ils se tourneraient vers l’occasion ou repousseraient leur achat. Le président de la PFA se réjouit de la hausse des ventes de voitures électriques, mais demande de distinguer ce que doivent aux aides publiques, comme le leasing social, et ce qui relève d’une demande spontanée.
Septembre a d’ailleurs été un mois record pour l’électrique en France, selon Autojournal, qui évoque aussi le contexte de la guerre au Moyen-Orient et de la hausse des carburants. Pour autant, Luc Chatel garde son ton d’alerte : « Il est minuit moins une », dit-il, tout en assurant qu’il est encore possible d’agir. Reste à savoir si le gouvernement, occupé à préparer le budget 2027, et les candidats à l’Élysée répondront à cet appel.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Matti Blume. Licence : CC BY-SA 4.0.